jeudi 18 janvier 2007

Le rideau est tombé : La Cour vous souhaite bon appétit!

Le cadre : La première chambre civile de la Cour d'appel de Paris!



La déco : Les lambris et dorures de la Justice républicaine!



Les participants : le premier Président de la Cour d'appel de Paris, l'avocat général(e), le représentant du Bâtonnier de l'Ordre des Avocats et environ 300 élèves-avocats!

L'évènement : un serment, plus exactement, un petit serment!

Le clou : un mandat tacite inconscient à personne inconnue...


Il aura fallut attendre d'être élève-avocat pour entendre parler de ce monstre juridique que constitue ce qui pourrait effectivement être qualifié de mandat tacite insconcient à personne inconnue.

Nous étions tous là pour prêter serment :

"Je jure de conserver le secret de tous les faits et actes
dont j’aurai eu connaissance au cours de mes stages."


Mais nous n'avons rien dit, tous autant que nous étions.

Seule notre pauvre collègue (que mis à part son voisin, et encore, personne ne connaissait) ayant eu le malheur de s'être vue désigner pour s'asseoir au premier rang a, après coup, été informée de ce qu'elle allait prêter serment en notre nom à tous en répondant à la lecture donnée par le Greffier en Chef du serment : "Je le jure".

Dommage que le choix n'ai pas été fait d'un peu plus de solennalité.


Nous aurions tous pu, debouts (ce que nous étions) dire : "Je le jure" de concert, pour se sentir un peu plus concernés. Mais non.

L'avocat général(e) qui faisait son discours pour la 4ème fois ce matin (les 1200 élèves-avocats ayant été répartis en quatre "fournées") semblait commencer à fatiguer.

Le représentant du Bâtonnier a parlé avec talent et fougue, critiquant vertement l'excès de transparence de notre société, donnant à ses "futurs confrères" le sentiment d'être quelque part des résistants, se devant de garder religieusement le secret de leurs affaires.

Le secret n'est pas évoqué directement dans le "vrai" serment qui devrait intervenir, si tout va bien, d'ici à 18 mois :

"Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité,
conscience, indépendance, probité et humanité."

Mais le secret professionnel existe bel et bien, et doit être gardé religieusement.

Pourquoi religieusement? Bonne question. Bien d'autres professions juridiques prêtent serment de conserver "religieusement" le secret des affaires.

Et aujourd'hui il a été question, dans la bouche du représentant du bâtonnier, de recevoir la "bénédiction laïque" de la Cour.

Que de références à la religion dans une société laïque ;-)

L'occasion de signaler un billet de votre serviteur ailleurs, expliquant sa conception :-) et de renvoyer à d'autres qui osent même un peu de modernité.

Mais nous finirons sur l'échange qui clôtura cette cérémonie de petit serment, pour ne pas laisser les lecteurs dans le doute sur la santé d'esprit de l'auteur de ce billet.

Le Président : "Madame l'avocat général, avez vous quelque chose à ajouter?"

L'Avocat-général : "Non Monsieur le Président, le rideau est tombé!"

Le Président : "Alors, Mesdames, Messieurs, la Cour vous souhaite bon appétit!"

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